La préfecture maritime de la Méditerranée actualise la réglementation des activités nautiques et des usages sur l’étang de Thau
- Maître Sorano

- 13 juil.
- 4 min de lecture

🌊 Vous naviguez, pêchez ou élevez des huîtres sur l'étang de Thau ? Les règles viennent de changer. Voici ce que vous devez savoir :
Depuis le 15 juin 2026, un nouvel arrêté préfectoral — le n° 197/2026 — modernise en profondeur la réglementation sur l'étang de Thau. Il remplace un texte vieux de dix-sept ans, l'arrêté de 2009, qui ne reflétait plus la réalité des pratiques ni l'état des connaissances environnementales actuelles. Plaisanciers, kitesurfeurs, conchyliculteurs, pêcheurs professionnels, associations nautiques : chacun est concerné par ce texte. Décryptage des principales nouveautés et de leurs fondements juridiques.
Pourquoi un nouvel arrêté ?
L'étang de Thau n'est pas un plan d'eau ordinaire. C'est à la fois :
- un espace économique majeur, avec ses 400 entreprises conchylicoles représentant 10 % de la production nationale d'huîtres et de moules ;
- un site naturel protégé de grande valeur, classé en zone Natura 2000 et abritant des espèces remarquables (flamants roses, oiseaux laro-limicoles, herbiers de posidonies) ;
- un espace de loisirs très fréquenté, avec le développement croissant des activités nautiques (voile, kitesurf, kayak, jet-ski, plongée) depuis les années 2000.
La coexistence de ces différents usages crée inévitablement des tensions. La multiplication des activités nautiques de plaisance empiète sur les zones d'élevage des conchyliculteurs et perturbe les espèces protégées. Les conflits se sont multipliés, appelant une remise à plat complète de la réglementation.
C'est la préfecture maritime de la Méditerranée qui a piloté l'élaboration de ce nouvel arrêté, en concertation avec la préfecture de l'Hérault, le SMBT, les comités de conchyliculture et les représentants des activités nautiques.
La grande nouveauté : la protection permanente des « tocs »
Les « tocs » sont de petits îlots sablonneux et peu végétalisés situés dans la partie sud de l'étang de Thau. Ils constituent l'un des derniers sites de nidification des oiseaux laro-limicoles de la côte méditerranéenne (sternes, goélands, mouettes, avocettes...). Ces espèces, protégées par la directive européenne « Oiseaux », nichent directement au sol sur le sable, ce qui les rend extrêmement vulnérables à toute présence humaine à proximité.
L'ancien arrêté de 2009 prévoyait une interdiction saisonnière d'activités sur les tocs — essentiellement pendant la période de nidification, d'avril à août. Le nouvel arrêté franchit un pas supplémentaire : l'interdiction de toute activité dans la partie centrale des tocs est désormais permanente, toute l'année. La navigation, le mouillage et la plongée y sont prohibés en toutes saisons, et non plus seulement pendant la période de reproduction.
Cette disposition est justifiée par les résultats des suivis ornithologiques réalisés par le SMBT et les associations de protection de la nature : la fréquentation humaine hors saison de nidification nuisait également aux oiseaux hivernants et perturbait la quiétude du site. La zone centrale des tocs reste balisée d'avril à août pour la signaler aux usagers.
Une zone d'interdiction de mouillage de 300 mètres
C'est probablement la mesure la plus visible pour les plaisanciers : le nouvel arrêté institue une zone d'interdiction de mouillage et d'arrêt dans la bande littorale des 300 mètres sur tout le pourtour de l'étang.
Concrètement, cela signifie qu'aucun plaisancier ne peut mouiller l'ancre, s'arrêter ou stationner avec son embarcation dans cette bande des 300 mètres à compter de la rive. Font exception à cette interdiction les navires de pêche professionnelle et les embarcations conchylicoles, qui doivent pouvoir accéder à leurs zones de travail.
Cette mesure vise à protéger les herbiers de posidonies et les zones d'élevage conchylicole contre les ancres et les hélices des bateaux de plaisance, qui peuvent causer des dégâts considérables sur les fonds marins et sur les tables d'huîtres.
Des limitations de vitesse renforcées
Le texte fixe également des limitations de vitesse claires à l'intérieur de la lagune :
- 5 nœuds dans la bande littorale des 300 mètres — soit environ 9 km/h, une vitesse qui n'autorise aucune navigation rapide ni de jet-ski ;
- 15 nœuds dans le chenal de transit des bateaux fluviaux, qui traverse l'étang pour relier le canal du Midi au port de Sète.
Ces limitations existaient partiellement sous l'ancien arrêté, mais elles sont désormais étendues et clarifiées.
Ce qu'il faut retenir
En pratique, si vous exercez une activité sur l'étang de Thau :
- Plaisanciers et nautisme : La bande des 300 mètres est désormais interdite au mouillage et à l'arrêt ; la vitesse est limitée à 5 nœuds dans cette zone. Les tocs sont définitivement fermés toute l'année.
- Conchyliculteurs : Vos droits d'accès sont préservés dans la zone des 300 mètres, mais vous devez respecter les nouvelles règles de navigation aux abords des tocs.
- Associations nautiques : Si vos zones de pratique habituelles sont affectées, un recours contentieux dans le délai de deux mois est envisageable.
- Associations environnementales : Si vous estimez les mesures insuffisantes, vous pouvez également contester le texte ou intervenir dans la procédure d'adoption de l'arrêté de protection de biotope en cours.
Dans tous les cas, vous pouvez prendre rendez-vous en ligne avec Maître Lucas SORANO pour connaître vos droits et envisager les options stratégiques opportunes.
Maître Lucas SORANO



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